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Les Marqueurs Transversaux


Langage et distance Langage et identité Langage & conciliation

[En construction]

Langage et conciliation

Parler, c’est créer le monde. Chaque prise de parole est le résultat d’un ajustement entre ces deux mouvements contradictoires d’éloignement et de rapprochement : occuper sa place et s’en déloger.

La langue est un système symbolique, dont chaque élément ne prend sa valeur que dans l’écart avec ce qu’il désigne et dans l’opposition avec au moins un autre élément. On entend combien la notion de conflit est inhérente à toute idée de langage, et comment c’est seulement et paradoxalement à l’intérieur même du système que le conflit peut à la fois se développer et se résoudre.

L’orthophoniste reçoit souvent des personnes qui présentent un trouble formel au niveau du maniement du système de langue, des personnes chez qui le conflit s’exprime donc non par la langue mais en dehors d’elle, par des écarts à la norme, des entorses au code. D’autres sont en souffrance non pas tant par rapport au code, qu’ils peuvent respecter parfaitement, mais pour s’approprier la faculté de langage – c’est-à-dire pour prendre la parole – parfois à un point de jonction entre le corporel et le psychique (les troubles de la voix, de la déglutition par exemple), parfois plus globalement au niveau de l’inscription dans la fonction symbolique elle-même. C’est-à-dire que les patients des orthophonistes viennent toujours plus ou moins les consulter à cause d’un conflit avec le langage lui-même. 

L’orthophoniste a le privilège, parfois terriblement laborieux, parfois merveilleusement vertigineux, d’accompagner un sujet dans l’élaboration de sa conciliation avec le langage. L’objectif de la prise en charge orthophonique pourrait se résumer ainsi : aboutir à un équilibre plus satisfaisant entre la demande singulière du sujet, sa parole propre, et l’appropriation de règles sociales, la langue commune. Construire une conciliation souple et riche, permettant un maniement symbolique de la langue. Les personnes en difficulté de langage ne perçoivent souvent que la perte, le renoncement qu’il y a dans ce parcours, sans la visée qui seule justifie et permet ce passage : la création. Le rôle de l’orthophoniste est d’introduire du jeu, au sens de dénouer un nœud trop serré. C’est-à-dire d’accompagner, de susciter, de faciliter, de stimuler le développement de la fonction symbolique, parce que c’est cela le propre de l’homme : la créativité, l’art, la culture, le jeu.

 

 

© Claire de Firmas 2008